Il est aussi difficile de parler théoriquement des Danses-Mouvements
Sacrés que de parler en théorie de la méditation ou de quelque chose comme... l'amour ou la beauté.
Il s'agit d'une démarche d'éveil et de centration qui agit
à partir d'une expérience directe et totalement personnelle, comme tout travail d'éveil.
Je veux quand même essayer d'en faciliter l'accès en introduisant
un peu l'histoire de leur origine et du fondement de la démarche.
D'abord, c'est à un mystique russe - arménien en fait - Georges
Ivanovitch Gurdjieff, à qui l'on doit cette brillante méthode de travail sur soi. Gurdjieff
était un homme remarquable qui a inspiré beaucoup de chercheurs de son époque en Europe et aux USA. Des gens comme Ouspenski,
Feldenkreis, Grotovsky, Louis Powell, Alexander, Jeanne de Salzmann, Osho,
et bien d'autres... qui à leur tour ont eu un impact significatif en leur temps à l'image de ce grand maître qui a su provoquer
l'expansion de leur potentiel et faire fleurir leur créativité.
Gurdjieff a vécu de 1870 à 1949.
Après avoir été formé comme prêtre et comme médecin, il ressentait une profonde insatisfaction en regard de ce que la science
et la religion apportaient comme réponse à son questionnement existentiel, l'une niant l'évidence de l'autre.
Il passa des années à voyager en Asie et au Moyen-Orient
en quête des secrets enseignements des anciens. Il cherchait des clés pour comprendre le sens de la condition humaine,
la place de l'humain dans l'univers, l'existence de l'âme et de son lien avec le corps, la réalité de la mort, le sens de
la vie et de son potentiel d'éternité...
C'est dans une des « Écoles de Mystères » cachée
dans les lointaines montagnes de la Turquie qu'il fut initié aux Danses-Mouvements Sacrés. Un langage
du corps, une sorte d'alphabet d'un autre ordre, qui met en lien les trois niveaux : le corps physique ou centre instinctivo-moteur,
le centre émotif et le centre intellectuel, pour atteindre l'essence (l'âme) et ainsi devenir disponible à une énergie universelle
plus élevée.
Il fonda sa propre école d'abord en Russie qu'il dut quitter
pendant la grande révolution. Ce qui l'amena à voyager à travers l'Europe et finalement en France où il établit son
centre « le Prieuré » à Fontainebleau près de Paris. Des gens du monde entier s'y rendaient pour être initiés
à des méthodes d'éveil très particulières où tout était mis au service du développement de la personne.
Les Danses Sacrées tenaient une place importante
dans la méthode de travail de Gurdjieff. Il disait que nous dansons-bougeons comme nous vivons
l'apprentissage des mouvements. Il nous met donc face à la réalité de ce que nous sommes en tant que produit d'une culture,
d'une époque, d'une certaine éducation et des habitudes que nous avons développées tout au long d'une vie où la conscience
est souvent absente.
C'est dans le corps que nous avons cristallisé toutes les
blessures émotives et psychiques de notre vie. À travers le mouvement, nous permettons qu'un travail de rééducation
puisse s'accomplir et ainsi se défaire des prisons dans lesquelles nous sommes enfermés souvent sans le savoir. Les
conséquences de la pratique des mouvements se font sentir à tous les niveaux à mesure que le corps s'ouvre et que la conscience
se développe.
Inspiré des Danses traditionnelles auxquelles il fut initié,
Gurdjieff en créa lui-même des centaines, toujours à partir d'observations et de trouvailles faites
au cours d'un travail constant et passionné avec ses étudiants. Gurdjieff et le musicien Thomas
de Hartmann créèrent ensemble des musiques avec les mêmes fréquences que l'on retrouve dans les Mouvements
Sacrés et qui supportent le travail parfaitement. Ces musiques apportent une dimension spirituelle aux mouvements.
Comme toute forme d'art sacré, elles sont sobres et belles, contenant l'essence d'une inspiration pure qui est très proche
du silence.
Les Mouvements-Danses Sacrés ne sont pas
un art de performance. Les Mouvements sont plutôt un outil pour la démarche qui fleurit au cours de la pratique.
Il s'agit en fait d'une méthode pour se connaître soi-même et éventuellement se libérer des limites de l'ego. Le but
n'est donc pas le mouvement en soi. Le mouvement exige une présence totale qui nous met directement face à nous-mêmes...
et face à des nouvelles solutions personnelles pour pouvoir vivre plus harmonieusement, plus totalement.
Qui suis-je, à chaque mouvement, à chaque instant ?
Quelle est cette énergie qui anime mon corps ? Qui sent, ressent, pense et expérimente cette énergie en mouvement ?
C'est la trame de fond de la démarche.
Les Mouvements Sacrés sont une stratégie
pour développer la présence, pour vraiment unir le mental avec le corps, qui la plupart du temps sont fragmentés. Nous
avons développé une façon de vivre à moitié endormi dans des habitudes mécaniques de comportements dictés par tous les petits
« je » auxquels nous sommes identifiés. C'est ce que
Gurdjieff appelle nos prisons où la qualité d'énergie est viable mais beaucoup en-dessous du potentiel
réel d'un être humain complet.
Le mouvement énergétique par nature monte ou descend, il
ne reste pas au neutre. Si nous sommes inconscients, il nous entraîne vers le bas, vers le moins évolué : l'inertie,
la tension, la paresse, etc... Le résultat donne le sentiment de n'être jamais vraiment satisfait par la vie.
Avec raison, car il en manque une grande dimension. Le corps n'a pas accès à l'âme, la terre n'a pas de ciel !
Il nous faut donc, qui que nous soyons, nous sortir du brouillard
de l'inconscience et développer la capacité d'être centré, totalement présent, de devenir des êtres conscients.
L'exercice des Danses donne un terrain d'exploration
pour faire face aux frictions qui nous maintiennent dans la médiocrité : les croyances et projections sur nous-mêmes et les
autres, la peur de ne pas être bon, de pas pouvoir y arriver, l'habitude de laisser tomber aussitôt que ça demande un effort,
les tensions, le manque de coordination ou de rythme, la difficulté de saisir, le peu de mémoire, le manque de définition
individuelle ou collective, etc... Tout cela fait partie du travail
d'éveil. Peu à peu, les solutions apparaissent et à travers l'effort, la détente s'installe et la grâce trouve son moment.
Tout ce travail intérieur se fait dans le silence
des Mouvements et non pas dans l'analyse et la discussion.
L'observation est la clé majeure et l'amour de soi en est
l'ingrédient de fond.
« La vie n'est réelle que lorsque je suis »